L’ivermectine au soleil

Si vous voulez vous faire soigner et joindre l’utile à l’agréable, je vous conseille la République Dominicaine. Je suggère au Club Med d’organiser des charters tout compris, avion+séjour+traitement, à destination de son Club de Punta Cana, à côté d’un centre qui traite.

Grosse étude sur l’Ivermectine, faite dans ce pays, avec près de 3 100 patients, traités à Bournigal et Punta Cana. Lamentable que nous ne soyons pas capables de faire ce genre d’étude, les autorités les interdisant.

Il se trouve que ce pays traitait largement à l’hydroxychloroquine, mais est tombé en rupture de stock troisième semaine d’avril 2020. Ayant lu (pour notre malheur, nos médecins hospitaliers et les hauts conseils ne savent pas lire) que l’Ivermectine pouvait être avantageusement utilisée dans la Covid dans l’étude australienne in vitro, leur Comité d’éthique a tranché entre Doliprane et Ivermectine, et heureusement pour la population, ce pays n’avait pas de Conseil Scientifique pour bloquer tout traitement.

Ils ont alors traité du 1er mai et le 10 aout (date de fin de l’étude en question), tous les patients se présentant aux urgences pour Covid, soit 3 099 patients au total. Selon l’importance des troubles, ils ont distingué 4 grades (détail des critères dans l’article). 

Les grades 1,  2 706 patients, ont été renvoyés et suivis chez eux, avec Ivermectine, 0,4mg/kg, une seule prise + Azithromycine 500mg/jour/5jours. Moyenne entre apparition des premiers troubles et traitement : 3,6 jours. 50, 02% d’hommes, 49,98% de femmes, âges non précisés dans l’article. Sur ces 2 706 patients, 16 ont dû par la suite être hospitalisés, soit 0,6%, 0 décès. 2 sont passés en soins intensifs avec 1 décès, soit 0,04%. Chez nous, sous Doliprane, 10 à 15% des patients symptomatiques passent par l’hôpital, 2% meurent.

Les grades 2 ont été hospitalisés dans des unités Covid. 300 patients traités plus tardivement avec troubles plus sévères : moyenne entre apparition des troubles et traitement : 6,9 jours. 63,5% d’hommes, 36,5% de femmes. Moyenne d’âge, 52 ans. Ivermectine, 0,3mg/kg, J1, J2, J6, J7 + Azithromycine 500mg/jour/7jours. Sur ces patients, 3 sont décédés, soit 1%. Chez nous, ce chiffre est de l’ordre de 15 à 20%.

Les grades 3 et 4, encore plus touchés, arrivés plus tardivement, (7,8 jours après premiers symptômes) ont été hospitalisés en soins intensifs. Moyenne d’âge, 58 ans. Ivermectine + corticoïdes + Tocilizumab. 111 patients suivis, 34 décès, soit 30%, soit comme chez nous voire légèrement en dessous.

Après ces résultats, les auteurs décrivent l’action des différents produits : L’ivermectine 1) bloque les importines empêchant par là l’entrée du virus dans les noyaux pour se reproduire, 2) est un puissant inhibiteur de l’hélicase permettant de dérouler l’ARN empêchant la réplication virale (je ne connaissais pas : https://osf.io/8dseq/ ), 3) empêche la liaison de la protéine SARS-COV-2 S, avec le récepteur ACE2 et avec le récepteur transmembranaire CD147, cette liaison est essentielle pour que le virus pénètre dans les cellules au moment de sa réplication, 4) se lie à la protéase 3CL et à la protéine HR2, bloquant la réplication virale. L’Azithromycine ayant elle un effet anti-inflammatoire, immunomodulateur, et peut-être antiviral (du moins in vitro, les auteurs étant prudents sur ce point).

Conclusions de cette plus grosse étude à ce jour : au stade précoce l‘association Ivermectine/Azithromycine évite l’hospitalisation dans l’immense majorité des cas, et ramène la mortalité à 1 cas sur 2 700 (divisée par 50). Chez les cas plus tardifs devant être hospitalisés, la mortalité est divisée par 10, par contre en réanimation, pas de différence.

ET CHEZ NOUS ?

Chez nous ceux qui traitent de la sorte les malades du Covid, sont traités de criminelscomme l’a fait il y a quelques jours le  docteur Nathan Peiffer-Smadja (qui en son temps a défendu le Remdesivir), chef de clinique en infectiologie à l’hôpital Bichat, très largement repris et approuvé par la presse comme Le Monde ou Libé, et qui pratique la médecine en tweetant comme Trump faisait de la politique en tweetant (désolé, je ne suis ni sur twitter, ni sur face de bouc). 

Je suppose qu’ils nous diront que ces patients traités et guéris n’existent pas, car cette étude n’a pas été randomisée, condition nécessaire et indispensable pour qu’ils acceptent de lire.

Alors qu’aurait fait le bon docteur Nathan Peiffer-Smadja si on lui avait confié cette étude ? Il aurait fait ce que tout « bon spécialiste » aurait fait : pour obtenir 2 700 patients traités en ambulatoire, il aurait sélectionné 2 700 autres malades, tirés au sort, et à qui il aurait donné un placebo. Le résultat chez ces patients peut être tiré de faits précis, c’est à dire les 3, 3 millions de positifs (une bonne moitié non malades), les 80 000 morts, les passages à l’hôpital et en réanimation. Résultat dans la seconde cohorte : 50 morts, mais aussi des urgences encombrées devant être soulagées par un confinement.

50 malades sacrifiés sur l’autel de la recherche scientifique pour traiter la Covid, tout comme les Incas sacrifiaient des enfants pour traiter la sécheresse. Les prêtres se retrouvent aussi dans l’ »élite » bien-pensante. Et pour que les exécutants n’aient pas de problème de conscience, ils ont inventé le top des études : la randomisation en double aveugle : le patient ne sait pas ce qu’il prend, le médecin ne sait pas ce qu’il donne, comme pour les pelotons d’exécutions où on met une balle mortelle dans un fusil, et des balles à blanc (placebos) dans les autres, afin de soulager la conscience des tireurs. L’excuse officielle, c’est afin que le médecin n’influence pas le subconscient du patient, comme s’il allait lui dire qu’il lui donnait un placebo ! Le fait est que les militaires n’ont pas le choix, mais que les médecins ont le choix entre le serment d’Hippocrate et le serment d’Hipocrite.

Je signale que beaucoup d’études randomisées sont faibles, d’autres même arrêtées, fautes de patients (alors qu’il y a des Covids partout !), les patients n’étant pas drogués comme chez les incas, ou ficelés à un poteau, refusant d’être tirés au sort pour du placebo car venant pour se faire soigner, pas pour avoir un placebo !

La Covid aura entre autres, au moins permis de mettre à plat ces pratiques médicales non éthiques, souvent criminelles, en espérant une remise en question par leurs défenseurs, à moins qu’ils ne soient atteints par le syndrome de Dunning-Kruger.

Docteur Nathan Peiffer-Smadja, je m’adresse à vous comme l’avait fait un vrai confrère retraité au début de mon activité à la Caisse des médecins, « cher confrère, en vous je vois le con mais pas le frère ». Quelques années après il m’a à nouveau écrit pour s’excuser, me dire qu’il s’était trompé sur moi, et qu’il m’encourageait et me soutenait dans mes actions. J’espère que vous me ferez aussi changer d’avis sur vous un jour, en montrant que vous savez traiter, que vous saurez afficher vos résultats. N’est-ce pas là votre premier objectif, bien avant de viser un poste de professeur (que j’ai refusé en son temps malgré la demande pressante du doyen), ou la légion d’honneur (pour laquelle j’ai aussi refusé deux fois que l’on me présente, ne me reconnaissant pas du tout dans ceux qui l’obtenaient).  Enfin il y a aussi la tolérance, le respect des autres, ceux qui ne pensent pas comme vous, que vous aurez avec l’âge et l’expérience, et vous verrez que convaincre est beaucoup plus gratifiant et efficace que d’insulter.

P.S. toujours à l’intention du Dr Smadja : je viens d’avoir, cet après-midi, des nouvelles d’un confrère généraliste, ancien correspondant devenu ami, et qui passe sa retraite en Suisse. Il y a 3 semaines, il m’appelle devant des signes de Covid. Je lui fais acheter de l’Ivermectine et de l’Azithromycine, qu’il prend le lendemain après un test positif. Candidat à une mort quasi certaine (80 ans, 118 kg, diabétique, quasi grabataire,…) il est hospitalisé au HUG par ses enfants 3 jours plus tard car très fatigué, il en ressort rapidement sans autre traitement. Par contre sa femme, plus jeune, à qui il a refilé le Covid, passe directement à l’hôpital sans avoir pu avoir d’Ivermectine. Toujours en réanimation, elle sort ce jour de 15 jours de coma.

A votre avis, honnêtement, est-ce que j’ai eu une attitude criminelle de traiter de la sorte, comme vous le dites dans tous les journaux ?


La crise des variants du coronavirus SARS-CoV2 : Payons-nous une erreur fondamentale des gouvernements ? – Revue Politique et Parlementaire

Depuis quelques semaines les découvertes de nouveaux variants du coronavirus SARS-CoV2 se multiplient. Apparus au Royaume-Unis et en Afrique du Sud leur expansion inquiète la communauté internationale. Réaction de Jean-Michel Claverie.

Dans un post précédent1, j’ai estimé par un calcul simple (de la vitesse de mutation connue), la fréquence probable avec laquelle des variants de la protéine S du virus (celle qui lui sert à s’accrocher à nos cellules) sont produits au cours d’une infection. Environ un virus sur les 1 000 produits par chaque cellule infectée possède au moins un changement dans la composition de la région critique qui gouverne l’interaction de la protéine S avec le récepteur ACE-2. En pleine pandémie, quand des millions de gens sont infectés, ces variants sont donc produits en masse et continuellement.

Dans un autre post2, j’ai cité une étude d’un laboratoire israélien de renom, qui a évalué l’ensemble des variations (au hasard) du virus préservant sa capacité de coller au récepteur ACE-2. Leurs résultats sont clairs et inquiétants : le virus dispose de nombreuses possibilités dont certaines lui confèrent une capacité jusqu’à 600 fois plus grande d’interagir avec ACE-2. En clair, il faut 600 fois moins de variant de ce type que de virus « normal » pour déclencher une infection (vulgairement, il serait 600 fois plus contagieux)3.

A titre de comparaison, cette même étude a démontré que le variant « British », qui inquiète tant les gouvernements, a une affinité qui n’est augmentée que de 4 fois, et de 12 fois pour le variant « Sud Africain » [3]. Le virus a donc une réserve potentielle de nuisance (augmentation de sa contagiosité) extrêmement importante !

Le rôle de la vaccination

Dans une situation « naturelle » où la propagation du virus se fait au hasard, sans qu’on lui oppose une résistance autre que notre simple éloignement les uns des autres pour éviter la contagion, les variants gardent l’énorme handicap de leur rareté (1/1 000) qui rend difficile leur multiplication. Leur fréquence dans la population des virus circulants a donc peu de chance d’augmenter.

Ce n’est plus le cas si l’on cible les virus « standards » par des mesures qui diminuent leur efficacité de multiplication. C’est très précisément le cas de la vaccination, dont l’action recherchée est d’empêcher les virus dotés d’une protéine S standard d’interagir avec le récepteur (par la formation d’anticorps « neutralisants »).

La majorité des virus standards étant (statistiquement) bloqués, cela ouvre un « coupe-fil » aux variants de plus grande affinité pour le récepteur ACE-2, en particulier si leurs modifications les rendent moins reconnaissables par les anticorps vaccinaux (même un peu moins). La mise en œuvre de la vaccination initie donc un nouveau rapport de force, un processus de sélection, qui enclenche une course entre l’éradication des virus standards circulants, et leur remplacement progressif par les variants soit plus contagieux, soit échappant à la neutralisation vaccinale, soit les deux. Ce processus est grandement favorisé par le fait que les vaccins disponibles ne ciblent que la seule protéine (S) du virus, à la différence de l’immunité naturelle qui cible l’ensemble des composants de la surface des particules virales, rendant très improbable la survenue de mutations multiples seules capables de rendre les variants indétectables par le système immunitaire.

Ce qu’il ne fallait pas faire

Dans le cas de l’utilisation d’antibiotiques pour combattre les infections bactériennes, on sait qu’il faut frapper vite et fort, pour minimiser l’émergence de bactéries résistantes.

C’est ici que le bât blesse : dans l’affolement général, la plupart des gouvernements se sont lancés dans une campagne de vaccination générale sans anticiper les difficultés aussi bien industrielles que logistiques de sa mise en œuvre.

Industrielles, parce qu’on ne disposera avant longtemps d’un nombre de doses de vaccins suffisant pour les besoins de la planète (voir les problèmes de Pfizer), logistiques parce qu’on est dans l’incapacité de les acheminer rapidement dans tous les (grands) pays et que l’administration d’un vaccin simultanément à l’échelle nationale de toute une population (et non pas progressivement à chaque génération, comme c’est fait en routine) n’a jamais été pratiquée !

Nous voilà donc dans le pire des cas de figures pour l’émergence de variants : la génération lente et progressive d’une population de vaccinés « à moitié » protégés (par une demi-dose) participant involontairement mais activement à la sélection des variants.

En pleine pandémie active, les variants sont produits chaque jour en grande quantité, dans les non-vaccinés, puis sélectionnés/amplifiés au sein de la petite minorité des vaccinés faiblement protégés par une première dose. De plus, il semble probable que l’immunité acquise par le vaccin ne fait qu’éviter les formes sévères de la Covid-19 sans inhiber l’infection virale peu symptomatique (et donc la création de variants). La décision récente de retarder la seconde dose ne fait qu’empirer ce scénario, en augmentant la population des faiblement immunisés qui sont l’environnement de prédilection pour la création/sélection de variants résistants au vaccin.

Nous sommes donc dans la même situation qu’un traitement antibiotique insuffisant ou prématurément interrompu qui augmente la probabilité de l’émergence de bactéries résistantes.

Ce qu’il aurait fallu faire

Continuer de contrôler la pandémie (des virus standards) par les mesures barrières individuelles et la multiplication des tests suivie d’un isolement strict des cas positifs.

Malgré la pression populaire et médiatique, oser attendre d’avoir à notre disposition la totalité des doses de vaccins nécessaires à l’ensemble de la population, et d’avoir mis en place l’organisation industrielle et logistique nécessaire à leur administration générale dans le temps de plus court possible.

Même si seulement quelques-uns ont été détectés, de multiples variants encore non répertoriés circulent désormais, silencieusement amplifiés par la sélection vaccinale. La fermeture de nos frontières est bien trop tardive et ne pourra rien changer, car ils sont déjà partout, en plus ou moins grandes proportions. Notre seul espoir d’échapper à la succession de nouvelles vagues épidémiques de variants résistants au vaccin actuel ne dépend plus que d’une propriété intrinsèque de la protéine S du SARS-Cov2 : la proportion des formes modifiées capable à la fois d’échapper à la neutralisation vaccinale tout en conservant une affinité suffisante pour le récepteur ACE-2. C’est une donnée sur laquelle nous n’avons aucun contrôle.

Si elle est faible, nous finirons par nous débarrasser de la Covid-19, malgré notre erreur stratégique initiale. Si elle est forte, nous aurons à payer le prix de cette erreur initiale par des rebonds successifs d’épidémies causées par les variations subtiles du SAR-CoV2 jusqu’à ce qu’il en ait épuisé tout le répertoire. En combien de temps ?

Jean-Michel Claverie
PU/PH Emerite Aix-Marseille Université/APHM
Biostatistique/génomique
Institut de Microbiologie de la Méditerranée (AMU-CNRS)

  1. https://www.linkedin.com/posts/claverie-jean-michel-9260016_a-pdf-file-showing-some-numbers-about-sars-cov2-activity-6755177551053819904-jwBd 
  2. https://www.linkedin.com/posts/claverie-jean-michel-9260016_a-pdf- file-more-contagious-sars-cov2-are-activity-6755078408914436096-wPdq 
  3. Zahradník et collaborateurs, bioRxiv preprint doi: https://doi.org/10.1101/2021.01.06.425392 posted January 6, 2021 

La crise des variants du coronavirus SARS-CoV2 : Payons-nous une erreur fondamentale des gouvernements ?

Depuis quelques semaines les découvertes de nouveaux variants du coronavirus SARS-CoV2 se multiplient. Apparus au Royaume-Unis et en Afrique du Sud leur expansion inquiète la communauté internationale. Réaction de Jean-Michel Claverie.

Dans un post précédent1, j’ai estimé par un calcul simple (de la vitesse de mutation connue), la fréquence probable avec laquelle des variants de la protéine S du virus (celle qui lui sert à s’accrocher à nos cellules) sont produits au cours d’une infection. Environ un virus sur les 1 000 produits par chaque cellule infectée possède au moins un changement dans la composition de la région critique qui gouverne l’interaction de la protéine S avec le récepteur ACE-2. En pleine pandémie, quand des millions de gens sont infectés, ces variants sont donc produits en masse et continuellement.

Dans un autre post2, j’ai cité une étude d’un laboratoire israélien de renom, qui a évalué l’ensemble des variations (au hasard) du virus préservant sa capacité de coller au récepteur ACE-2. Leurs résultats sont clairs et inquiétants : le virus dispose de nombreuses possibilités dont certaines lui confèrent une capacité jusqu’à 600 fois plus grande d’interagir avec ACE-2. En clair, il faut 600 fois moins de variant de ce type que de virus « normal » pour déclencher une infection (vulgairement, il serait 600 fois plus contagieux)3.

A titre de comparaison, cette même étude a démontré que le variant « British », qui inquiète tant les gouvernements, a une affinité qui n’est augmentée que de 4 fois, et de 12 fois pour le variant « Sud Africain » [3]. Le virus a donc une réserve potentielle de nuisance (augmentation de sa contagiosité) extrêmement importante !

Le rôle de la vaccination

Dans une situation « naturelle » où la propagation du virus se fait au hasard, sans qu’on lui oppose une résistance autre que notre simple éloignement les uns des autres pour éviter la contagion, les variants gardent l’énorme handicap de leur rareté (1/1 000) qui rend difficile leur multiplication. Leur fréquence dans la population des virus circulants a donc peu de chance d’augmenter.

Ce n’est plus le cas si l’on cible les virus « standards » par des mesures qui diminuent leur efficacité de multiplication. C’est très précisément le cas de la vaccination, dont l’action recherchée est d’empêcher les virus dotés d’une protéine S standard d’interagir avec le récepteur (par la formation d’anticorps « neutralisants »).

La majorité des virus standards étant (statistiquement) bloqués, cela ouvre un « coupe-fil » aux variants de plus grande affinité pour le récepteur ACE-2, en particulier si leurs modifications les rendent moins reconnaissables par les anticorps vaccinaux (même un peu moins). La mise en œuvre de la vaccination initie donc un nouveau rapport de force, un processus de sélection, qui enclenche une course entre l’éradication des virus standards circulants, et leur remplacement progressif par les variants soit plus contagieux, soit échappant à la neutralisation vaccinale, soit les deux. Ce processus est grandement favorisé par le fait que les vaccins disponibles ne ciblent que la seule protéine (S) du virus, à la différence de l’immunité naturelle qui cible l’ensemble des composants de la surface des particules virales, rendant très improbable la survenue de mutations multiples seules capables de rendre les variants indétectables par le système immunitaire.

Ce qu’il ne fallait pas faire

Dans le cas de l’utilisation d’antibiotiques pour combattre les infections bactériennes, on sait qu’il faut frapper vite et fort, pour minimiser l’émergence de bactéries résistantes.

C’est ici que le bât blesse : dans l’affolement général, la plupart des gouvernements se sont lancés dans une campagne de vaccination générale sans anticiper les difficultés aussi bien industrielles que logistiques de sa mise en œuvre.

Industrielles, parce qu’on ne disposera avant longtemps d’un nombre de doses de vaccins suffisant pour les besoins de la planète (voir les problèmes de Pfizer), logistiques parce qu’on est dans l’incapacité de les acheminer rapidement dans tous les (grands) pays et que l’administration d’un vaccin simultanément à l’échelle nationale de toute une population (et non pas progressivement à chaque génération, comme c’est fait en routine) n’a jamais été pratiquée !

Nous voilà donc dans le pire des cas de figures pour l’émergence de variants : la génération lente et progressive d’une population de vaccinés « à moitié » protégés (par une demi-dose) participant involontairement mais activement à la sélection des variants.

En pleine pandémie active, les variants sont produits chaque jour en grande quantité, dans les non-vaccinés, puis sélectionnés/amplifiés au sein de la petite minorité des vaccinés faiblement protégés par une première dose. De plus, il semble probable que l’immunité acquise par le vaccin ne fait qu’éviter les formes sévères de la Covid-19 sans inhiber l’infection virale peu symptomatique (et donc la création de variants). La décision récente de retarder la seconde dose ne fait qu’empirer ce scénario, en augmentant la population des faiblement immunisés qui sont l’environnement de prédilection pour la création/sélection de variants résistants au vaccin.

Nous sommes donc dans la même situation qu’un traitement antibiotique insuffisant ou prématurément interrompu qui augmente la probabilité de l’émergence de bactéries résistantes.

Ce qu’il aurait fallu faire

Continuer de contrôler la pandémie (des virus standards) par les mesures barrières individuelles et la multiplication des tests suivie d’un isolement strict des cas positifs.

Malgré la pression populaire et médiatique, oser attendre d’avoir à notre disposition la totalité des doses de vaccins nécessaires à l’ensemble de la population, et d’avoir mis en place l’organisation industrielle et logistique nécessaire à leur administration générale dans le temps de plus court possible.

Même si seulement quelques-uns ont été détectés, de multiples variants encore non répertoriés circulent désormais, silencieusement amplifiés par la sélection vaccinale. La fermeture de nos frontières est bien trop tardive et ne pourra rien changer, car ils sont déjà partout, en plus ou moins grandes proportions. Notre seul espoir d’échapper à la succession de nouvelles vagues épidémiques de variants résistants au vaccin actuel ne dépend plus que d’une propriété intrinsèque de la protéine S du SARS-Cov2 : la proportion des formes modifiées capable à la fois d’échapper à la neutralisation vaccinale tout en conservant une affinité suffisante pour le récepteur ACE-2. C’est une donnée sur laquelle nous n’avons aucun contrôle.

Si elle est faible, nous finirons par nous débarrasser de la Covid-19, malgré notre erreur stratégique initiale. Si elle est forte, nous aurons à payer le prix de cette erreur initiale par des rebonds successifs d’épidémies causées par les variations subtiles du SAR-CoV2 jusqu’à ce qu’il en ait épuisé tout le répertoire. En combien de temps ?

Jean-Michel Claverie
PU/PH Emerite Aix-Marseille Université/APHM
Biostatistique/génomique
Institut de Microbiologie de la Méditerranée (AMU-CNRS)

  1. https://www.linkedin.com/posts/claverie-jean-michel-9260016_a-pdf-file-showing-some-numbers-about-sars-cov2-activity-6755177551053819904-jwBd 
  2. https://www.linkedin.com/posts/claverie-jean-michel-9260016_a-pdf- file-more-contagious-sars-cov2-are-activity-6755078408914436096-wPdq 
  3. Zahradník et collaborateurs, bioRxiv preprint doi: https://doi.org/10.1101/2021.01.06.425392 posted January 6, 2021