La crise des variants du coronavirus SARS-CoV2 : Payons-nous une erreur fondamentale des gouvernements ? – Revue Politique et Parlementaire

Depuis quelques semaines les découvertes de nouveaux variants du coronavirus SARS-CoV2 se multiplient. Apparus au Royaume-Unis et en Afrique du Sud leur expansion inquiète la communauté internationale. Réaction de Jean-Michel Claverie.

Dans un post précédent1, j’ai estimé par un calcul simple (de la vitesse de mutation connue), la fréquence probable avec laquelle des variants de la protéine S du virus (celle qui lui sert à s’accrocher à nos cellules) sont produits au cours d’une infection. Environ un virus sur les 1 000 produits par chaque cellule infectée possède au moins un changement dans la composition de la région critique qui gouverne l’interaction de la protéine S avec le récepteur ACE-2. En pleine pandémie, quand des millions de gens sont infectés, ces variants sont donc produits en masse et continuellement.

Dans un autre post2, j’ai cité une étude d’un laboratoire israélien de renom, qui a évalué l’ensemble des variations (au hasard) du virus préservant sa capacité de coller au récepteur ACE-2. Leurs résultats sont clairs et inquiétants : le virus dispose de nombreuses possibilités dont certaines lui confèrent une capacité jusqu’à 600 fois plus grande d’interagir avec ACE-2. En clair, il faut 600 fois moins de variant de ce type que de virus « normal » pour déclencher une infection (vulgairement, il serait 600 fois plus contagieux)3.

A titre de comparaison, cette même étude a démontré que le variant « British », qui inquiète tant les gouvernements, a une affinité qui n’est augmentée que de 4 fois, et de 12 fois pour le variant « Sud Africain » [3]. Le virus a donc une réserve potentielle de nuisance (augmentation de sa contagiosité) extrêmement importante !

Le rôle de la vaccination

Dans une situation « naturelle » où la propagation du virus se fait au hasard, sans qu’on lui oppose une résistance autre que notre simple éloignement les uns des autres pour éviter la contagion, les variants gardent l’énorme handicap de leur rareté (1/1 000) qui rend difficile leur multiplication. Leur fréquence dans la population des virus circulants a donc peu de chance d’augmenter.

Ce n’est plus le cas si l’on cible les virus « standards » par des mesures qui diminuent leur efficacité de multiplication. C’est très précisément le cas de la vaccination, dont l’action recherchée est d’empêcher les virus dotés d’une protéine S standard d’interagir avec le récepteur (par la formation d’anticorps « neutralisants »).

La majorité des virus standards étant (statistiquement) bloqués, cela ouvre un « coupe-fil » aux variants de plus grande affinité pour le récepteur ACE-2, en particulier si leurs modifications les rendent moins reconnaissables par les anticorps vaccinaux (même un peu moins). La mise en œuvre de la vaccination initie donc un nouveau rapport de force, un processus de sélection, qui enclenche une course entre l’éradication des virus standards circulants, et leur remplacement progressif par les variants soit plus contagieux, soit échappant à la neutralisation vaccinale, soit les deux. Ce processus est grandement favorisé par le fait que les vaccins disponibles ne ciblent que la seule protéine (S) du virus, à la différence de l’immunité naturelle qui cible l’ensemble des composants de la surface des particules virales, rendant très improbable la survenue de mutations multiples seules capables de rendre les variants indétectables par le système immunitaire.

Ce qu’il ne fallait pas faire

Dans le cas de l’utilisation d’antibiotiques pour combattre les infections bactériennes, on sait qu’il faut frapper vite et fort, pour minimiser l’émergence de bactéries résistantes.

C’est ici que le bât blesse : dans l’affolement général, la plupart des gouvernements se sont lancés dans une campagne de vaccination générale sans anticiper les difficultés aussi bien industrielles que logistiques de sa mise en œuvre.

Industrielles, parce qu’on ne disposera avant longtemps d’un nombre de doses de vaccins suffisant pour les besoins de la planète (voir les problèmes de Pfizer), logistiques parce qu’on est dans l’incapacité de les acheminer rapidement dans tous les (grands) pays et que l’administration d’un vaccin simultanément à l’échelle nationale de toute une population (et non pas progressivement à chaque génération, comme c’est fait en routine) n’a jamais été pratiquée !

Nous voilà donc dans le pire des cas de figures pour l’émergence de variants : la génération lente et progressive d’une population de vaccinés « à moitié » protégés (par une demi-dose) participant involontairement mais activement à la sélection des variants.

En pleine pandémie active, les variants sont produits chaque jour en grande quantité, dans les non-vaccinés, puis sélectionnés/amplifiés au sein de la petite minorité des vaccinés faiblement protégés par une première dose. De plus, il semble probable que l’immunité acquise par le vaccin ne fait qu’éviter les formes sévères de la Covid-19 sans inhiber l’infection virale peu symptomatique (et donc la création de variants). La décision récente de retarder la seconde dose ne fait qu’empirer ce scénario, en augmentant la population des faiblement immunisés qui sont l’environnement de prédilection pour la création/sélection de variants résistants au vaccin.

Nous sommes donc dans la même situation qu’un traitement antibiotique insuffisant ou prématurément interrompu qui augmente la probabilité de l’émergence de bactéries résistantes.

Ce qu’il aurait fallu faire

Continuer de contrôler la pandémie (des virus standards) par les mesures barrières individuelles et la multiplication des tests suivie d’un isolement strict des cas positifs.

Malgré la pression populaire et médiatique, oser attendre d’avoir à notre disposition la totalité des doses de vaccins nécessaires à l’ensemble de la population, et d’avoir mis en place l’organisation industrielle et logistique nécessaire à leur administration générale dans le temps de plus court possible.

Même si seulement quelques-uns ont été détectés, de multiples variants encore non répertoriés circulent désormais, silencieusement amplifiés par la sélection vaccinale. La fermeture de nos frontières est bien trop tardive et ne pourra rien changer, car ils sont déjà partout, en plus ou moins grandes proportions. Notre seul espoir d’échapper à la succession de nouvelles vagues épidémiques de variants résistants au vaccin actuel ne dépend plus que d’une propriété intrinsèque de la protéine S du SARS-Cov2 : la proportion des formes modifiées capable à la fois d’échapper à la neutralisation vaccinale tout en conservant une affinité suffisante pour le récepteur ACE-2. C’est une donnée sur laquelle nous n’avons aucun contrôle.

Si elle est faible, nous finirons par nous débarrasser de la Covid-19, malgré notre erreur stratégique initiale. Si elle est forte, nous aurons à payer le prix de cette erreur initiale par des rebonds successifs d’épidémies causées par les variations subtiles du SAR-CoV2 jusqu’à ce qu’il en ait épuisé tout le répertoire. En combien de temps ?

Jean-Michel Claverie
PU/PH Emerite Aix-Marseille Université/APHM
Biostatistique/génomique
Institut de Microbiologie de la Méditerranée (AMU-CNRS)

  1. https://www.linkedin.com/posts/claverie-jean-michel-9260016_a-pdf-file-showing-some-numbers-about-sars-cov2-activity-6755177551053819904-jwBd 
  2. https://www.linkedin.com/posts/claverie-jean-michel-9260016_a-pdf- file-more-contagious-sars-cov2-are-activity-6755078408914436096-wPdq 
  3. Zahradník et collaborateurs, bioRxiv preprint doi: https://doi.org/10.1101/2021.01.06.425392 posted January 6, 2021 

Le Gouvernement a créé la panique pour couvrir sa responsabilité

 » Alors qu’on vilipende Trump pour sa mauvaise gestion de la crise sanitaire avec 5,2 décès par 10.000 habitants, nos gouvernants et nos experts se pavanent avec presque le double de décès, 8,7 « , écrit Henri Anrys.  » Le pouvoir se dédouane en s’appuyant sur l’autorité scientifique d’experts. Mais leurs assertions se retournent cependant contre le pouvoir si elles induisent hésitations et contradictions. « 

Pour gérer l’Ignorance Based Medecine, le confinement

Le professeur Rodenstein et beaucoup d’autres avec lui se sont demandé pourquoi le gouvernement avait créé une panique qui va nous coûter cher. Jadis, la réaction classique en l’absence de moyens médicaux à opposer à la contagion était de confiner les personnes atteintes ou présentant les symptômes dans des endroits isolés : léproserie, pesthuizen, sanatoria. Le reste de la société continuait ses activités, la guerre et les processions. A l’ère de l’Etat providence, le risque est devenu insupportable s’il n’est pas assuré. L’Etat est mis en demeure d’éviter le risque en appliquant le principe de précaution. Celui-ci se traduit en mesures de barrage qui doivent cependant, et c’est le défi, rester proportionnées à la menace (1). L’acceptation sociale de ces mesures est liée à la confiance des citoyens dans l’autorité politique. En situation aussi incertaine, le Pouvoir se dédouane en s’appuyant sur l’autorité scientifique d’experts. Leurs assertions se retournent cependant contre le pouvoir si elles induisent hésitations et contradictions. Il ne lui reste que l’arme de la communication, rebaptisée avec pédanterie pédagogie pour bloquer l’esprit critique en matraquant les citoyens d’informations dramatisées et permanentes pour instiller une anxiété générant la soumission. Le gouvernement a pu ainsi prendre les mesures les plus graves, jusqu’à mettre le pays à l’arrêt en confinant tous les citoyens et, pas seulement, les personnes infectées. Il espérait ainsi faire oublier son manque criant de moyens.

La Belgique, championne nationale

Résultat : La Belgique se classe avec une grande avance comme le champion mondial des dommages médicaux causés par le virus ; alors qu’on vilipende Trump pour sa mauvaise gestion de la crise sanitaire avec 5,2 décès par 10 000 habitants, nos gouvernants et nos experts se pavanent avec presque le double de décès, 8,7. Et ils pourront bientôt se targuer lors de l’évaluation finale des conséquences du confinement d’un maximum de dégâts collatéraux.

La comparaison du bilan des mesures prises dans les divers États ne semble pas indiquer au 20 août 2020 leur corrélation directe avec un confinement, son degré de sévérité ou son inexistence (2). Par conséquent, la question de la proportionnalité des mesures entre la menace sanitaire et la survie de la société se pose. Parler de proportionnalité c’est évaluer la sévérité des dommages causés par les mesures par rapport à ceux qu’elles ont évités. Autrement dit, le remède a-t-il été pire que le mal dans une appréciation globale.

Rationnement des soins et hécatombe en MR

Les experts comme les hommes politiques connaissaient certainement les dégâts que le confinement strict allait entraîner. Le contrôle de l’épidémie devait générer une catastrophe économique et financière. Il devait s’accompagner de l’endettement, du chômage, et de la perte de pouvoir d’achat avec explosion de la pauvreté et la disparition des petits indépendants. Les effets psychologiques devaient suivre. L’inquiétude, l’insécurité, la violence et l’hostilité ont été exacerbées dans une société centrée sur les droits de l’individu par une propagande culpabilisante. Chacun y était présenté comme un danger pour la vie de son voisin. Animés par une incitation au civisme rappelant les invitations à dénoncer d’il y a 70 ans, des gens se transformaient en gendarmes aboyant sur celui qui ne portait pas son masque ou appelant un hélicoptère de la gendarmerie pour verbaliser une réunion de famille dans un jardin voisin.

Cette approche suicidaire pour la société était- elle nécessaire au moins pour la survie de plus d’individus ? Le bilan ne semble pas aller dans ce sens puisque notre pays a le privilège d’avoir enregistré le plus de victimes, et de loin, le double de la France, pire encore par rapport aux Pays Bas ou à l’Autriche.

La comparaison du bilan des mesures prises dans les divers États ne semble pas indiquer leur corrélation directe avec un confinement, son degré de sévérité ou son inexistence

La politique choisie visait à empêcher la saturation des services de santé, et, particulièrement les hôpitaux, afin de garantir leur accès aux malades du Covid. Cette mesure aurait été une précaution répondant à l’exigence de proportionnalité si les hôpitaux avaient risqué d’être débordés. Ce ne fut jamais le cas. Le gouvernement se préparait à fermer 9.000 lits, soi-disant excédentaires à l’estime du centre d’expertise KCE et, donc par définition, disponibles au-delà des besoins normaux des patients. Les services de réanimation n’ont jamais été remplis à plus de la moitié. Cependant, les interventions et examens techniques ont dû être déprogrammés et les lits vidés de leurs patients ordinaires. Les consultations ont été supprimées. La Belgique est le seul pays, à ma connaissance, où on a interdit sous peine de sanctions aux médecins de soigner les autres pathologies que la Covid. Seuls, pouvaient être traités des cas non seulement nécessaires selon le jugement d’inspecteurs non soignants et donc non responsables, mais, en même temps, urgents. C’est aller à l’encontre de toutes les politiques de santé qui part du principe que, plus une pathologie, comme le cancer, est prise à son début, plus le patient a de chances de s’en sortir. Les patients qui ont postposé examens et traitements risquent de le payer. C’est un inventaire encore à faire puisque les experts se gardent de présenter le nombre de décès mensuels non covid qui normalement tourne autour de 9 à 11.000 par mois.

Ces mesures catastrophiques dans le futur n’ont même pas enrayé la vague de décès Covid. L’expérience des MR et MRS devra être examinée à la loupe, en tenant compte d’ailleurs que la situation aurait été pire si les médecins coordinateurs et traitants ainsi que le personnel n’avaient pas limité les dégâts comme ils pouvaient (3).

Pourtant, cela a été une hécatombe parce que le personnel n’avait pas de protection, parce qu’il manquait de tests pour écarter les soignants positifs asymptomatiques que de toute façon Sciensano avait recommandé de garder au travail en cas de pénurie et de les affecter aux services Covid (4), ce qui devait forcément s’accompagner d’une vaste circulation du virus. Et, en plus, suite à la propagande du gouvernement obligeant les hôpitaux à garder des lits disponibles, ceux-ci ont été encouragés à refuser des transferts des MRS non totalement urgents.

L’expert Marius Gilbert a expliqué que l’hospitalisation en soins intensifs est une véritable épreuvepour les corps :  » Pour une personne âgée et fragile, proposer ce type d’hospitalisation est plus proche de l’acharnement thérapeutique que d’une réelle proposition de soins.  » (5) On peut entendre cette justification. Mais, à moins de considérer à part les maisons de repos comme des mouroirs où de toute façon le résident attend la mort, un peu plus tôt un peu plus tard, c’est égal, le raisonnement vaut pour toutes les personnes âgées où qu’elles résident. Il vaut aussi pour toutes les personnes fragiles.

Suspension du droit aux soins

Il faut le rappeler, le rationnement décidé par le gouvernement a été très profitable pour l’Inami, avec par exemple une diminution de 57 % des coûts médicaux pendant le mois d’avril, proportionnelle à l’augmentation des décès, mais a été catastrophique pour la médecine et les patients. On n’a pas compris l’absence d’actions des syndicats médicaux et surtout du principal d’entre eux implanté dans les hôpitaux, l’Absym : cet arrêt des soins considérés comme non essentiels violait pourtant un droit reconnu aux citoyens par la Constitution mais aussi par les Droits de l’homme qui s’imposent à la Loi, en l’espèce le droit aux soins. La continuité des soins en est l’application. Et les médecins se voulaient les protecteurs des patients.

Quelques voix se sont élevées, dont celle du Dr Marc Moens, président honoraire de l’Absym mais l’Absym n’a pas déclenché ce type d’actions qui a fait jadis sa justification comme la désobéissance civile suivie de défense en justice des contrevenants. Cela était concevable ici en soulevant l’objection d’atteinte à un Droit fondamental sans justification. Les motifs légitimes de restrictions aux droits de l’Homme sont le respect des droits d’autrui ou un objectif d’intérêt général comme la sécurité ou la santé publique mais en même temps, les mesures doivent être limitées et proportionnelles. La situation dans les hôpitaux, non seulement vides mais qui organisaient des circuits distincts pour les Covid, ne justifiait pas une suppression généralisée du droit fondamental aux soins et notamment les consultations pour les non covid. Résultats, non seulement beaucoup de médecins condamnés à l’inactivité ont perdu leurs revenus mais ils passent à l’étranger pour de bien piètres praticiens alors qu’il y a six mois la médecine belge se classait encore dans les meilleures. Et les médecins perdent au passage leur image de défenseurs des patients.

Cela étant, les premiers concernés, les patients, n’ont pas bougé non plus. Tétanisés par la peur du coronavirus, ils ont au contraire boudé d’initiative les cabinets et les hôpitaux justifiant l’orientation officielle tout en grognant contre son incohérence et les contradictions accumulées. Ils en ont oublié les autres maladies que la propagande du gouvernement leur a fait prendre pour moins graves et facilement maîtrisées. Une patiente venue consulter un pneumologue apprenant qu’elle n’avait pas le Covid-19 mais qu’elle avait un cancer a sauté de joie.

Vivre normalement ou autrement

Le gouvernement a atteint son objectif : Par la peur, faire partager la responsabilité des dégâts collatéraux par la population. Il l’a même amenée à demander le prolongement des mesures et l’aggravation des contraintes et sanctions, encourageant une avalanche de règlements tatillons pondus par une Bureaucratie ivre de ce nouveau pouvoir incontesté. Exemple : amendes si le masque est mal mis.

Vu le succès de cette politique, celle-ci est continuée. En particulier, le gouvernement poursuit une présentation de la situation affolant les gens sur l’augmentation du nombre de cas positifs, forcément liée à l’augmentation des dépistages et suscitant une confusion avec les cas d’hospitalisations en soins intensifs et de décès ; il persiste à éviter de relativiser les informations par l’absence de mise en perspective des chiffres de décès Covid avec le chiffre total de décès du mois correspondant des années antérieures. Il se garde d’évoquer le débat sur l’immunisation collective qui postulait une population à 70% positive pour empêcher le retour du virus.

Le gouvernement poursuit une présentation de la situation affolant les gens sur l’augmentation du nombre de cas positifs, forcément liée à l’augmentation des dépistages

De toute façon, il n’y a pas de choix. Devant la résurgence des pandémies, qui malheureusement pourraient se multiplier, il faudra bien vivre avec elles. Il faudra continuer l’activité humaine. Sinon on risque de retomber dans les catastrophes de jadis ; les famines suivaient les pandémies parce que les champs étaient désertés et les transports de vivres inexistants ou limités.

Il faudra faire face à une menace de renversement des valeurs que l’attitude du gouvernement annonce. On a déprogrammé les soins quotidiens, mais on n’a confiné ni les agriculteurs, ni les magasins d’alimentation ni les marins ni les camionneurs qui véhiculaient les vivres. Parce qu’ils ont conditionné la survie de tout temps. Par contre, la médecine pour tous, l’enseignement obligatoire, le tourisme de masse, les événements culturels populaires, les circulations généralisées aérienne et automobile, l’accès à l’Horeca, représentent un acquis récent dont les êtres humains se sont passés jusqu’il y a peu. Pour le gouvernement, la société pourrait s’en passer à nouveau puisqu’il en a fait la démonstration sans réaction pendant plusieurs mois. Leur suppression par voie réglementaire limitant les libertés fondamentales pour des raisons de pandémie peut correspondre à celle préconisée par souci écologique pour échapper à la fin du monde.

Les complotistes peuvent soutenir que lorsque des politiques créent une peur, c’est pour susciter l’émergence d’un être providentiel qui va purifier le pays, voire l’univers. Heureusement, jusqu’à présent les tenants du monde politiquement correct n’ont trouvé à se pâmer que devant la petite Greta Thunberg, mais ce n’est pas demain qu’ils vont traverser l’Atlantique en hiver en catamaran.

H.A.

(1) D. Bourg, Les conditions d’emploi du principe de précaution in La documentation française n° 941, octobre 2007

(2) Par exemple, par million d’habitants au 24 aout : Belgique 873, RU : 624, USA : 529, France : 454, Suède 543, Pays Bas :357, Autriche : 374 (Wikipedia, Pandemie de Covid 19, Bilan 2O.8)

(3) Michel Meganck, Il ne fallait pourtant pas être extra-lucide, Medi-sphère 7 mai 2020

(4) Sciensano, in Le Soir 11 avril 2020 7 :53 et site sciensano 8 mai 2020

(5) Test Santé N° 158, aout -sept 2020

Le professeur Rodenstein et beaucoup d’autres avec lui se sont demandé pourquoi le gouvernement avait créé une panique qui va nous coûter cher. Jadis, la réaction classique en l’absence de moyens médicaux à opposer à la contagion était de confiner les personnes atteintes ou présentant les symptômes dans des endroits isolés : léproserie, pesthuizen, sanatoria. Le reste de la société continuait ses activités, la guerre et les processions. A l’ère de l’Etat providence, le risque est devenu insupportable s’il n’est pas assuré. L’Etat est mis en demeure d’éviter le risque en appliquant le principe de précaution. Celui-ci se traduit en mesures de barrage qui doivent cependant, et c’est le défi, rester proportionnées à la menace (1). L’acceptation sociale de ces mesures est liée à la confiance des citoyens dans l’autorité politique. En situation aussi incertaine, le Pouvoir se dédouane en s’appuyant sur l’autorité scientifique d’experts. Leurs assertions se retournent cependant contre le pouvoir si elles induisent hésitations et contradictions. Il ne lui reste que l’arme de la communication, rebaptisée avec pédanterie pédagogie pour bloquer l’esprit critique en matraquant les citoyens d’informations dramatisées et permanentes pour instiller une anxiété générant la soumission. Le gouvernement a pu ainsi prendre les mesures les plus graves, jusqu’à mettre le pays à l’arrêt en confinant tous les citoyens et, pas seulement, les personnes infectées. Il espérait ainsi faire oublier son manque criant de moyens.Résultat : La Belgique se classe avec une grande avance comme le champion mondial des dommages médicaux causés par le virus ; alors qu’on vilipende Trump pour sa mauvaise gestion de la crise sanitaire avec 5,2 décès par 10 000 habitants, nos gouvernants et nos experts se pavanent avec presque le double de décès, 8,7. Et ils pourront bientôt se targuer lors de l’évaluation finale des conséquences du confinement d’un maximum de dégâts collatéraux.La comparaison du bilan des mesures prises dans les divers États ne semble pas indiquer au 20 août 2020 leur corrélation directe avec un confinement, son degré de sévérité ou son inexistence (2). Par conséquent, la question de la proportionnalité des mesures entre la menace sanitaire et la survie de la société se pose. Parler de proportionnalité c’est évaluer la sévérité des dommages causés par les mesures par rapport à ceux qu’elles ont évités. Autrement dit, le remède a-t-il été pire que le mal dans une appréciation globale. Les experts comme les hommes politiques connaissaient certainement les dégâts que le confinement strict allait entraîner. Le contrôle de l’épidémie devait générer une catastrophe économique et financière. Il devait s’accompagner de l’endettement, du chômage, et de la perte de pouvoir d’achat avec explosion de la pauvreté et la disparition des petits indépendants. Les effets psychologiques devaient suivre. L’inquiétude, l’insécurité, la violence et l’hostilité ont été exacerbées dans une société centrée sur les droits de l’individu par une propagande culpabilisante. Chacun y était présenté comme un danger pour la vie de son voisin. Animés par une incitation au civisme rappelant les invitations à dénoncer d’il y a 70 ans, des gens se transformaient en gendarmes aboyant sur celui qui ne portait pas son masque ou appelant un hélicoptère de la gendarmerie pour verbaliser une réunion de famille dans un jardin voisin.Cette approche suicidaire pour la société était- elle nécessaire au moins pour la survie de plus d’individus ? Le bilan ne semble pas aller dans ce sens puisque notre pays a le privilège d’avoir enregistré le plus de victimes, et de loin, le double de la France, pire encore par rapport aux Pays Bas ou à l’Autriche.La politique choisie visait à empêcher la saturation des services de santé, et, particulièrement les hôpitaux, afin de garantir leur accès aux malades du Covid. Cette mesure aurait été une précaution répondant à l’exigence de proportionnalité si les hôpitaux avaient risqué d’être débordés. Ce ne fut jamais le cas. Le gouvernement se préparait à fermer 9.000 lits, soi-disant excédentaires à l’estime du centre d’expertise KCE et, donc par définition, disponibles au-delà des besoins normaux des patients. Les services de réanimation n’ont jamais été remplis à plus de la moitié. Cependant, les interventions et examens techniques ont dû être déprogrammés et les lits vidés de leurs patients ordinaires. Les consultations ont été supprimées. La Belgique est le seul pays, à ma connaissance, où on a interdit sous peine de sanctions aux médecins de soigner les autres pathologies que la Covid. Seuls, pouvaient être traités des cas non seulement nécessaires selon le jugement d’inspecteurs non soignants et donc non responsables, mais, en même temps, urgents. C’est aller à l’encontre de toutes les politiques de santé qui part du principe que, plus une pathologie, comme le cancer, est prise à son début, plus le patient a de chances de s’en sortir. Les patients qui ont postposé examens et traitements risquent de le payer. C’est un inventaire encore à faire puisque les experts se gardent de présenter le nombre de décès mensuels non covid qui normalement tourne autour de 9 à 11.000 par mois.Ces mesures catastrophiques dans le futur n’ont même pas enrayé la vague de décès Covid. L’expérience des MR et MRS devra être examinée à la loupe, en tenant compte d’ailleurs que la situation aurait été pire si les médecins coordinateurs et traitants ainsi que le personnel n’avaient pas limité les dégâts comme ils pouvaient (3).Pourtant, cela a été une hécatombe parce que le personnel n’avait pas de protection, parce qu’il manquait de tests pour écarter les soignants positifs asymptomatiques que de toute façon Sciensano avait recommandé de garder au travail en cas de pénurie et de les affecter aux services Covid (4), ce qui devait forcément s’accompagner d’une vaste circulation du virus. Et, en plus, suite à la propagande du gouvernement obligeant les hôpitaux à garder des lits disponibles, ceux-ci ont été encouragés à refuser des transferts des MRS non totalement urgents. L’expert Marius Gilbert a expliqué que l’hospitalisation en soins intensifs est une véritable épreuvepour les corps :  » Pour une personne âgée et fragile, proposer ce type d’hospitalisation est plus proche de l’acharnement thérapeutique que d’une réelle proposition de soins.  » (5) On peut entendre cette justification. Mais, à moins de considérer à part les maisons de repos comme des mouroirs où de toute façon le résident attend la mort, un peu plus tôt un peu plus tard, c’est égal, le raisonnement vaut pour toutes les personnes âgées où qu’elles résident. Il vaut aussi pour toutes les personnes fragiles.Il faut le rappeler, le rationnement décidé par le gouvernement a été très profitable pour l’Inami, avec par exemple une diminution de 57 % des coûts médicaux pendant le mois d’avril, proportionnelle à l’augmentation des décès, mais a été catastrophique pour la médecine et les patients. On n’a pas compris l’absence d’actions des syndicats médicaux et surtout du principal d’entre eux implanté dans les hôpitaux, l’Absym : cet arrêt des soins considérés comme non essentiels violait pourtant un droit reconnu aux citoyens par la Constitution mais aussi par les Droits de l’homme qui s’imposent à la Loi, en l’espèce le droit aux soins. La continuité des soins en est l’application. Et les médecins se voulaient les protecteurs des patients.Quelques voix se sont élevées, dont celle du Dr Marc Moens, président honoraire de l’Absym mais l’Absym n’a pas déclenché ce type d’actions qui a fait jadis sa justification comme la désobéissance civile suivie de défense en justice des contrevenants. Cela était concevable ici en soulevant l’objection d’atteinte à un Droit fondamental sans justification. Les motifs légitimes de restrictions aux droits de l’Homme sont le respect des droits d’autrui ou un objectif d’intérêt général comme la sécurité ou la santé publique mais en même temps, les mesures doivent être limitées et proportionnelles. La situation dans les hôpitaux, non seulement vides mais qui organisaient des circuits distincts pour les Covid, ne justifiait pas une suppression généralisée du droit fondamental aux soins et notamment les consultations pour les non covid. Résultats, non seulement beaucoup de médecins condamnés à l’inactivité ont perdu leurs revenus mais ils passent à l’étranger pour de bien piètres praticiens alors qu’il y a six mois la médecine belge se classait encore dans les meilleures. Et les médecins perdent au passage leur image de défenseurs des patients.Cela étant, les premiers concernés, les patients, n’ont pas bougé non plus. Tétanisés par la peur du coronavirus, ils ont au contraire boudé d’initiative les cabinets et les hôpitaux justifiant l’orientation officielle tout en grognant contre son incohérence et les contradictions accumulées. Ils en ont oublié les autres maladies que la propagande du gouvernement leur a fait prendre pour moins graves et facilement maîtrisées. Une patiente venue consulter un pneumologue apprenant qu’elle n’avait pas le Covid-19 mais qu’elle avait un cancer a sauté de joie.Le gouvernement a atteint son objectif : Par la peur, faire partager la responsabilité des dégâts collatéraux par la population. Il l’a même amenée à demander le prolongement des mesures et l’aggravation des contraintes et sanctions, encourageant une avalanche de règlements tatillons pondus par une Bureaucratie ivre de ce nouveau pouvoir incontesté. Exemple : amendes si le masque est mal mis.Vu le succès de cette politique, celle-ci est continuée. En particulier, le gouvernement poursuit une présentation de la situation affolant les gens sur l’augmentation du nombre de cas positifs, forcément liée à l’augmentation des dépistages et suscitant une confusion avec les cas d’hospitalisations en soins intensifs et de décès ; il persiste à éviter de relativiser les informations par l’absence de mise en perspective des chiffres de décès Covid avec le chiffre total de décès du mois correspondant des années antérieures. Il se garde d’évoquer le débat sur l’immunisation collective qui postulait une population à 70% positive pour empêcher le retour du virus.De toute façon, il n’y a pas de choix. Devant la résurgence des pandémies, qui malheureusement pourraient se multiplier, il faudra bien vivre avec elles. Il faudra continuer l’activité humaine. Sinon on risque de retomber dans les catastrophes de jadis ; les famines suivaient les pandémies parce que les champs étaient désertés et les transports de vivres inexistants ou limités.Il faudra faire face à une menace de renversement des valeurs que l’attitude du gouvernement annonce. On a déprogrammé les soins quotidiens, mais on n’a confiné ni les agriculteurs, ni les magasins d’alimentation ni les marins ni les camionneurs qui véhiculaient les vivres. Parce qu’ils ont conditionné la survie de tout temps. Par contre, la médecine pour tous, l’enseignement obligatoire, le tourisme de masse, les événements culturels populaires, les circulations généralisées aérienne et automobile, l’accès à l’Horeca, représentent un acquis récent dont les êtres humains se sont passés jusqu’il y a peu. Pour le gouvernement, la société pourrait s’en passer à nouveau puisqu’il en a fait la démonstration sans réaction pendant plusieurs mois. Leur suppression par voie réglementaire limitant les libertés fondamentales pour des raisons de pandémie peut correspondre à celle préconisée par souci écologique pour échapper à la fin du monde.Les complotistes peuvent soutenir que lorsque des politiques créent une peur, c’est pour susciter l’émergence d’un être providentiel qui va purifier le pays, voire l’univers. Heureusement, jusqu’à présent les tenants du monde politiquement correct n’ont trouvé à se pâmer que devant la petite Greta Thunberg, mais ce n’est pas demain qu’ils vont traverser l’Atlantique en hiver en catamaran.H.A.(1) D. Bourg, Les conditions d’emploi du principe de précaution in La documentation française n° 941, octobre 2007(2) Par exemple, par million d’habitants au 24 aout : Belgique 873, RU : 624, USA : 529, France : 454, Suède 543, Pays Bas :357, Autriche : 374 (Wikipedia, Pandemie de Covid 19, Bilan 2O.8)(3) Michel Meganck, Il ne fallait pourtant pas être extra-lucide, Medi-sphère 7 mai 2020(4) Sciensano, in Le Soir 11 avril 2020 7 :53 et site sciensano 8 mai 2020(5) Test Santé N° 158, aout -sept 2020