L’ivermectine au soleil

Si vous voulez vous faire soigner et joindre l’utile à l’agréable, je vous conseille la République Dominicaine. Je suggère au Club Med d’organiser des charters tout compris, avion+séjour+traitement, à destination de son Club de Punta Cana, à côté d’un centre qui traite.

Grosse étude sur l’Ivermectine, faite dans ce pays, avec près de 3 100 patients, traités à Bournigal et Punta Cana. Lamentable que nous ne soyons pas capables de faire ce genre d’étude, les autorités les interdisant.

Il se trouve que ce pays traitait largement à l’hydroxychloroquine, mais est tombé en rupture de stock troisième semaine d’avril 2020. Ayant lu (pour notre malheur, nos médecins hospitaliers et les hauts conseils ne savent pas lire) que l’Ivermectine pouvait être avantageusement utilisée dans la Covid dans l’étude australienne in vitro, leur Comité d’éthique a tranché entre Doliprane et Ivermectine, et heureusement pour la population, ce pays n’avait pas de Conseil Scientifique pour bloquer tout traitement.

Ils ont alors traité du 1er mai et le 10 aout (date de fin de l’étude en question), tous les patients se présentant aux urgences pour Covid, soit 3 099 patients au total. Selon l’importance des troubles, ils ont distingué 4 grades (détail des critères dans l’article). 

Les grades 1,  2 706 patients, ont été renvoyés et suivis chez eux, avec Ivermectine, 0,4mg/kg, une seule prise + Azithromycine 500mg/jour/5jours. Moyenne entre apparition des premiers troubles et traitement : 3,6 jours. 50, 02% d’hommes, 49,98% de femmes, âges non précisés dans l’article. Sur ces 2 706 patients, 16 ont dû par la suite être hospitalisés, soit 0,6%, 0 décès. 2 sont passés en soins intensifs avec 1 décès, soit 0,04%. Chez nous, sous Doliprane, 10 à 15% des patients symptomatiques passent par l’hôpital, 2% meurent.

Les grades 2 ont été hospitalisés dans des unités Covid. 300 patients traités plus tardivement avec troubles plus sévères : moyenne entre apparition des troubles et traitement : 6,9 jours. 63,5% d’hommes, 36,5% de femmes. Moyenne d’âge, 52 ans. Ivermectine, 0,3mg/kg, J1, J2, J6, J7 + Azithromycine 500mg/jour/7jours. Sur ces patients, 3 sont décédés, soit 1%. Chez nous, ce chiffre est de l’ordre de 15 à 20%.

Les grades 3 et 4, encore plus touchés, arrivés plus tardivement, (7,8 jours après premiers symptômes) ont été hospitalisés en soins intensifs. Moyenne d’âge, 58 ans. Ivermectine + corticoïdes + Tocilizumab. 111 patients suivis, 34 décès, soit 30%, soit comme chez nous voire légèrement en dessous.

Après ces résultats, les auteurs décrivent l’action des différents produits : L’ivermectine 1) bloque les importines empêchant par là l’entrée du virus dans les noyaux pour se reproduire, 2) est un puissant inhibiteur de l’hélicase permettant de dérouler l’ARN empêchant la réplication virale (je ne connaissais pas : https://osf.io/8dseq/ ), 3) empêche la liaison de la protéine SARS-COV-2 S, avec le récepteur ACE2 et avec le récepteur transmembranaire CD147, cette liaison est essentielle pour que le virus pénètre dans les cellules au moment de sa réplication, 4) se lie à la protéase 3CL et à la protéine HR2, bloquant la réplication virale. L’Azithromycine ayant elle un effet anti-inflammatoire, immunomodulateur, et peut-être antiviral (du moins in vitro, les auteurs étant prudents sur ce point).

Conclusions de cette plus grosse étude à ce jour : au stade précoce l‘association Ivermectine/Azithromycine évite l’hospitalisation dans l’immense majorité des cas, et ramène la mortalité à 1 cas sur 2 700 (divisée par 50). Chez les cas plus tardifs devant être hospitalisés, la mortalité est divisée par 10, par contre en réanimation, pas de différence.

ET CHEZ NOUS ?

Chez nous ceux qui traitent de la sorte les malades du Covid, sont traités de criminelscomme l’a fait il y a quelques jours le  docteur Nathan Peiffer-Smadja (qui en son temps a défendu le Remdesivir), chef de clinique en infectiologie à l’hôpital Bichat, très largement repris et approuvé par la presse comme Le Monde ou Libé, et qui pratique la médecine en tweetant comme Trump faisait de la politique en tweetant (désolé, je ne suis ni sur twitter, ni sur face de bouc). 

Je suppose qu’ils nous diront que ces patients traités et guéris n’existent pas, car cette étude n’a pas été randomisée, condition nécessaire et indispensable pour qu’ils acceptent de lire.

Alors qu’aurait fait le bon docteur Nathan Peiffer-Smadja si on lui avait confié cette étude ? Il aurait fait ce que tout « bon spécialiste » aurait fait : pour obtenir 2 700 patients traités en ambulatoire, il aurait sélectionné 2 700 autres malades, tirés au sort, et à qui il aurait donné un placebo. Le résultat chez ces patients peut être tiré de faits précis, c’est à dire les 3, 3 millions de positifs (une bonne moitié non malades), les 80 000 morts, les passages à l’hôpital et en réanimation. Résultat dans la seconde cohorte : 50 morts, mais aussi des urgences encombrées devant être soulagées par un confinement.

50 malades sacrifiés sur l’autel de la recherche scientifique pour traiter la Covid, tout comme les Incas sacrifiaient des enfants pour traiter la sécheresse. Les prêtres se retrouvent aussi dans l’ »élite » bien-pensante. Et pour que les exécutants n’aient pas de problème de conscience, ils ont inventé le top des études : la randomisation en double aveugle : le patient ne sait pas ce qu’il prend, le médecin ne sait pas ce qu’il donne, comme pour les pelotons d’exécutions où on met une balle mortelle dans un fusil, et des balles à blanc (placebos) dans les autres, afin de soulager la conscience des tireurs. L’excuse officielle, c’est afin que le médecin n’influence pas le subconscient du patient, comme s’il allait lui dire qu’il lui donnait un placebo ! Le fait est que les militaires n’ont pas le choix, mais que les médecins ont le choix entre le serment d’Hippocrate et le serment d’Hipocrite.

Je signale que beaucoup d’études randomisées sont faibles, d’autres même arrêtées, fautes de patients (alors qu’il y a des Covids partout !), les patients n’étant pas drogués comme chez les incas, ou ficelés à un poteau, refusant d’être tirés au sort pour du placebo car venant pour se faire soigner, pas pour avoir un placebo !

La Covid aura entre autres, au moins permis de mettre à plat ces pratiques médicales non éthiques, souvent criminelles, en espérant une remise en question par leurs défenseurs, à moins qu’ils ne soient atteints par le syndrome de Dunning-Kruger.

Docteur Nathan Peiffer-Smadja, je m’adresse à vous comme l’avait fait un vrai confrère retraité au début de mon activité à la Caisse des médecins, « cher confrère, en vous je vois le con mais pas le frère ». Quelques années après il m’a à nouveau écrit pour s’excuser, me dire qu’il s’était trompé sur moi, et qu’il m’encourageait et me soutenait dans mes actions. J’espère que vous me ferez aussi changer d’avis sur vous un jour, en montrant que vous savez traiter, que vous saurez afficher vos résultats. N’est-ce pas là votre premier objectif, bien avant de viser un poste de professeur (que j’ai refusé en son temps malgré la demande pressante du doyen), ou la légion d’honneur (pour laquelle j’ai aussi refusé deux fois que l’on me présente, ne me reconnaissant pas du tout dans ceux qui l’obtenaient).  Enfin il y a aussi la tolérance, le respect des autres, ceux qui ne pensent pas comme vous, que vous aurez avec l’âge et l’expérience, et vous verrez que convaincre est beaucoup plus gratifiant et efficace que d’insulter.

P.S. toujours à l’intention du Dr Smadja : je viens d’avoir, cet après-midi, des nouvelles d’un confrère généraliste, ancien correspondant devenu ami, et qui passe sa retraite en Suisse. Il y a 3 semaines, il m’appelle devant des signes de Covid. Je lui fais acheter de l’Ivermectine et de l’Azithromycine, qu’il prend le lendemain après un test positif. Candidat à une mort quasi certaine (80 ans, 118 kg, diabétique, quasi grabataire,…) il est hospitalisé au HUG par ses enfants 3 jours plus tard car très fatigué, il en ressort rapidement sans autre traitement. Par contre sa femme, plus jeune, à qui il a refilé le Covid, passe directement à l’hôpital sans avoir pu avoir d’Ivermectine. Toujours en réanimation, elle sort ce jour de 15 jours de coma.

A votre avis, honnêtement, est-ce que j’ai eu une attitude criminelle de traiter de la sorte, comme vous le dites dans tous les journaux ?


Faut-il avoir plus peur des traitements précoces que des vaccins

On avait déjà remarqué que les autorités n’appliquaient pas les mêmes critères pour évaluer les vaccins et les traitements à base de molécules repositionnées, appelant à la confiance pour les premiers et se montrant sceptiques et méfiants pour les derniers.

Maintenant que les vaccins contre le Covid-19 commencent à être distribués dans plusieurs pays, on peut s’intéresser aux effets indésirables qui leur sont associés.

Depuis 1967, l’OMS enregistre les déclarations d’effets indésirables venant du monde entier, pour tous les médicaments commercialisés. La base de données détaillées, VigiBase, est réservée aux abonnés, mais sa version simplifiée est ouverte au public : vigiaccess.org. On n’y trouve que le nombre des signalements pour lesquels le médicament est soupçonné d’être impliqué dans un effet indésirable, détaillés par type d’effet rapporté, et sans autre détails (durée du traitement etc.). Cela sera suffisant ici.

Une très rapide exploration permet en effet de découvrir quelques chiffres.

Dans la base de données VigiAccess, les vaccins contre le Covid-19 sont regroupés. Que l’on cherche « Comirnaty », « Moderna Covid-19 vaccine » ou par exemple « Covishield » (le nom du vaccin d’AstraZeneca en Inde), on tombe sur le même principe actif : « covid-19 vaccine », et sur les mêmes nombres d’effets indésirables déclarés. C’est dommage, puisque cela ne permet pas de comparer entre eux les différents vaccins, mais cela permet de se faire une idée générale.

Au 4 février 2021, selon OurWorldInData.org, un peu moins de 94 millions de personnes ont reçu au moins une dose de l’un des vaccins contre le Covid-19 (Fig.1)Fig.1 - Nombre de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 © OurWorldInData.orgFig.1 – Nombre de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 © OurWorldInData.org

Et VigiAccess, consulté le 5 février 2021, avait enregistré 53763 déclarations d’effets indésirables : 2089 déclarations en 2020 et 51674 signalements en 2021, (Fig.2).Fig.2 - Effets indésirables déclarés sur les vaccins anti-Covid-19 © VigiAccessFig.2 – Effets indésirables déclarés sur les vaccins anti-Covid-19 © VigiAccess

Parmi ces 53763 effets indésirables déclarés (pour lesquels, il faut le rappeler, le vaccin n’est que soupçonné : ces chiffres ne sont pas la preuve d’un lien de causalité), on note 2526 déclarations de troubles du système sanguin et lymphatique, 2615 troubles cardiaques (dont 66 arrêts cardiaques, 46 infarctus du myocarde, 14 arrêts cardio-respiratoires…) etc.

On peut chercher à comparer ce nombre de déclarations avec ceux des traitements préventifs et précoces dont de nombreuses études scientifiques indiquent l’efficacité.

L’hydroxychloroquine, par exemple, qui a fait l’objet d’une campagne médiatique soutenue sur ses dangers, suscitant des publications scientifiques surprenantesrassurantes ou parfois frauduleuses (celle du Lancet fondée sur des données fictives) a totalisé 29487 signalements entre 1968 et aujourd’hui, c’est-à-dire en plus de 42 années d’utilisation (Fig.3).Fig.3 - Effets indésirables rapportés en lien avec l'hydroxychloroquine depuis 1968. © VigiAccessFig.3 – Effets indésirables rapportés en lien avec l’hydroxychloroquine depuis 1968. © VigiAccess

C’est nettement moins que pour les vaccins, alors qu’en 42 ans, il y a eu des centaines de millions de personnes traitées à l’hydroxychloroquine, donc certaines pendant des années. Le site Ameli.fr permet de calculer que, pour la France — qui n’est pas le plus gros consommateur d’hydroxychloroquine — environ 15 millions de boîtes d’hydroxychloroquine ont été remboursées par la Sécurité Sociale entre 2001 et 2019.

L’azithromycine, très couramment utilisée également (plus de 50 millions de boites remboursées en France entre 2001 et 2019), arrive à dépasser en 31 années, avec 67998 signalements entre 1989 et le 5 février 2021, le nombre de signalements liés aux vaccins anti-Covid-19 en 1 mois (Fig.4). Mais elle ne gardera probablement pas sa première place très longtemps.Fig.4 - Effets indésirables rapportés en lien avec l'hydroxychloroquine depuis 1989. © VigiAccessFig.4 – Effets indésirables rapportés en lien avec l’hydroxychloroquine depuis 1989. © VigiAccess

Un autre traitement, qui est peu à peu adopté dans différents pays et différentes régions du monde, mais encore très décrié, bien que des dizaines d’essais cliniques aient indiqué son efficacité à la fois en traitement préventif et en traitement curatif précoce, est l’ivermectine. Comme on le voit, bien que très utilisée aussi — 11 millions de boîtes remboursées en France entre 2002 et 2019, et certains pays l’utilisent de façon systématique en prévention de maladies parasitaires —, depuis 1992 l’ivermectine n’a pas suscité beaucoup de signalements : 4603. A peu près autant en 28 ans que les vaccins anti-Covid en 3 jours… (Fig.5).Fig.5 - Effets indésirables rapportés en lien avec l'ivermectine depuis 1992. © VigiAccessFig.5 – Effets indésirables rapportés en lien avec l’ivermectine depuis 1992. © VigiAccess

Puisque certains médias s’inquiètent ces temps-ci de ses effets indésirables (qu’il ne faut effectivement pas minimiser, et il convient de consulter un médecin avant de prendre tout médicament), on signalera aussi que VigiAccess donne le nombre d’effets indésirables pour lesquels la vitamine D est soupçonnée d’être impliquée (Fig.6). On compte près de 40 millions de boîtes remboursées en France pour la seule année 2019, et 5237 signalements d’effets indésirables dans le monde depuis 1975.Fig.6 - Effets indésirables rapportés en lien avec la vitamine D depuis 1975. © VigiAccessFig.6 – Effets indésirables rapportés en lien avec la vitamine D depuis 1975. © VigiAccess

La comparaison entre le nombre d’effets indésirables déclarés en un peu plus d’un mois d’utilisation des vaccins anti-Covid-19 et en dizaines d’années d’utilisation d’autres molécules est parlante.

Les molécules en question, pour lesquelles il existe soit des preuves soit une présomption d’efficacité contre le Covid-19 dans certaines phases de la maladie ou en prévention peinent pourtant à obtenir une Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) de la part de l’Agence Nationale de Santé du Médicament, tandis que les vaccins anti-Covid-19 ont obtenu en un temps record des Autorisations Temporaires d’Utilisation (ATU), bien qu’il faille en théorie davantage d’éléments de preuve pour une ATU que pour une RTU.

Si l’on ajoute que les effets secondaires à moyen ou long terme des vaccins à ARNm et à OGM sont inconus, et si l’on s’inquiète de l’effet potentiel des ces vaccins sur l’apparition de variants, comme Emmanuel Macron l’a envisagé le 4 février (de façon étrangement sélective), et comme d’autres l’ont évoqué avant lui, la balance bénéfice/risque ne plaide-t-elle pas en faveur des traitements précoces et préventifs ?

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Il faut arrêter de penser que les gens vont vivre indéfiniment enfermés

Depuis le début de l’épidémie, le professeur Didier Raoult, à la tête de l’IHU Méditerranée Infection, est en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. Vaccins, variants, mesures sanitaires et traitements… Pour Sputnik, il fait le point sur la pandémie un an après son irruption dans la ville de Wuhan.

Il continue de mettre en avant le traitement par l’hydroxychloroquine et l’azithromycine malgré des rumeurs mensongères qui ont circulé dernièrement. Il revendique même les taux de mortalité les plus faibles au monde pour son Institut. 

Didier Raoult

© AFP 2020 CHRISTOPHE SIMONUne infectiologue de Paris visée par une information judiciaire pour diffamation envers Didier RaoultAvec l’arrivée des variants, notamment anglais et sud-africain, le professeur Raoult est une nouvelle fois au centre de l’attention, lui qui alertait sur des mutations du virus dès septembre, soit bien avant leur apparition officielle. Et s’il fait toujours l’objet de controverses au sein de la communauté scientifique, «nul n’étant prophète en son pays», la figure de la médecine française s’intéresse peu aux suppositions et expertises en tout genre. Il l’assure: il préfère se concentrer sur les faits scientifiques, son seul et véritable domaine. Entretien avec un épidémiologiste et chercheur acharné.

Sputnik: Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a affirmé en début de semaine que les variants du Covid-19 doivent être considérés comme l’équivalent d’une seconde pandémie. C’est en substance ce que vous affirmiez dès septembre, considérant qu’il n’y avait pas de rebond, mais de nouveaux virus mutants. La communauté scientifique se range-t-elle donc de votre côté sur cette question?

Pr Didier Raoult: «Je n’en sais rien! Je peux répondre à des questions scientifiques, celles qui portent sur les opinions des autres ne m’intéressent guère. Ce que j’ai dit n’était pas une opinion, c’était basé sur le fait qu’on avait des séquences de génomes différentes. C’est de la science banale. Après, que les gens se rendent compte plus ou moins tard ou plus ou moins tôt, ce n’est pas mon problème, le consensus scientifique m’indiffère. Il s’agit là de données basiques. Tout simplement. Et il n’y a pas de point de vue à avoir dessus. On regarde les séquence et, quand un certain nombre de mutations apparaissent, c’est factuel.»

Sputnik: Vous considérez que les variants apparus ces dernières semaines pourraient être causés par l’administration du remdesivir qui est, selon-vous un agent mutagène. Certains jugent que le vaccin ARN pourrait en être la cause. D’autres encore affirment, au contraire, que ces mutants se sont développés majoritairement dans des zones où l’on a laissé circuler le virus et qu’une vaccination massive aurait pu les empêcher. Ces explications sont-elles plausibles?

Pr Didier Raoult: «Il y a deux explications très claires et une troisième qui n’est qu’une hypothèse. Ce que l’on sait, c’est que des virus se sont développés dans des élevages de visons un peu partout dans le monde, avec des mutations considérables, transmissibles à l’homme. En particulier au Danemark et en Hollande. Nous pensons que l’épisode le plus fréquent en France, celui que nous appelons le Marseille 4, vient d’un élevage qui n’a pas encore été identifié. Ce fait qu’il existe des variants chez les visons qui ont été transmis à l’homme est donc prouvé. Que le remdesivir soit un agent mutagène est également un fait acquis. On l’avait déjà prouvé avec Ebola et sur d’autres coronavirus il y a trois ans. De plus, il avait également été montré que ce médicament, d’abord, n’était pas efficace et, ensuite, montrait des mutants lorsqu’il était séquencé notamment sur les personnes immunodéprimées et qui ont des virémies [présence d’un virus dans le sang, ndlr] chroniques. 

«Une maladie qui n’est pas très immunisante»

Quant à l’hypothèse selon laquelle le variant est apparu à cause du vaccin ou aurait pu être évité grâce à lui, nous n’en savons rien. Il n’y a aucune preuve pour l’instant. Tout le monde a un avis sur tout. C’est tout le problème de cette maladie. Il ne suffit pas d’avoir une expertise en biologie médicale pour savoir s’il faut confiner les gens, par exemple. Ce n’est pas le même métier.»

Sputnik: Une information a été relayée à tort, affirmant que vous concluiez vous-même à l’inefficacité de l’hydroxychloroquine. Qu’en est-il justement de son effet potentiel (seule ou combinée à l’azithromycine) sur les variants?

Pr Didier Raoult: «Autant que l’on sache, ces deux traitements n’entraînent pas de mutants. On a fait une méta-analyse là-dessus et ça diminue le risque de portage. Cela devrait donc au contraire diminuer le risque de transmission. Et je n’ai pour l’instant pas vu d’études avec des conclusions différentes des nôtres. Contrairement au remdesivir, qui est un antiviral synthétique et qui imite les nucléotides [molécules formant les éléments de base de l’ADN et de l’ARN, ndlr], l’hydroxychloroquine a un rôle beaucoup plus complexe. Elle augmente le Ph, ce qui n’est pas bon pour le virus, et joue également un rôle dans l’action immunitaire. Il faut rappeler encore une fois que l’hydroxychloroquine est très fréquemment utilisée et joue un rôle dans différentes phases de la maladie. À la fois au début pour empêcher le virus d’entrer et de se multiplier, mais aussi lors de la réaction inflammatoire.»

Sputnik: L’OMS a déclaré que la couverture vaccinale n’était sans doute pas suffisante pour stopper l’épidémie. Quelles sont les autres possibilités? Vous avez vous-même affirmé que l’échantillon nécessaire pour attester son efficacité n’avait pas été obtenu et que le vaccin n’était pas forcément la solution miracle pour tout le monde.

Pr Didier Raoult: «Pour ce qui est des stratégies vaccinales, il y a des maladies qui sont très immunisantes. Par exemple, la variole, la varicelle, les oreillons… Ce sont des maladies que l’on n’a qu’une seule fois. Trouver des vaccins est donc relativement facile, car nous savons devenir naturellement résistants et immunisés lorsque nous avons été infectés.

Covid-19

© CC0 / TumisuRésistance au vaccin, nouveaux variants du virus en France: l’épidémie peut-elle dégénérer?

La grippe, c’est déjà très différent. Vous voyez bien que la réaction vaccinale n’est pas terrible et diminue de manière très importante avec l’âge. Dès 80 ans, elle marche d’ailleurs très mal. Le coronavirus lui ressemble un peu. C’est une maladie qui n’est pas très immunisante, avec des rechutes relativement tôt. Par ailleurs, lorsqu’il y a des mutations dans la protéine Spike (celle qui est réceptive au vaccin), il y a des chances pour qu’elles ne soient pas réceptives au vaccin. Ce qui est le cas pour les variants que nous avons ici.»

Sputnik: Faut-il tout de même miser dessus sachant qu’il est potentiellement inefficace sur certains variants? Qu’en est-il des autres vaccins, ceux qui n’ont pas reçu le feu vert du régulateur européen?

Pr Didier Raoult: «Je connais mal le vaccin russe. Mais, en ce qui me concerne, si j’avais dû en développer un, j’aurais choisi le vaccin chinois. C’est un vaccin dans lequel on met plusieurs souches et toutes les protéines y jouent un rôle. En cas de mutation, il reste quelque chose, un peu comme dans le vaccin contre la grippe. En revanche, savoir pourquoi ils ne sont pas homologués en Europe, ça n’est, encore une fois, pas mon domaine.»

Sputnik: Un troisième confinement est à prévoir. A-t-il (ainsi que le couvre-feu) un impact réel sur la circulation de l’épidémie, selon vous?

Pr Didier Raoult: «Personne ne peut dire que ça a une efficacité réelle. Maintenant qu’on a un an de recul, on le voit bien, ça n’est pas particulièrement remarquable.

«Il va falloir apprendre à vivre avec»

Selon moi, l’idée du confinement était de trouver une baguette magique pour arrêter l’épidémie or ce n’est pas du tout ce qui se passe. On assiste à plusieurs épidémies successives. Donc il va falloir apprendre à vivre avec. La mortalité est de l’ordre de 1 à 3 pour mille tandis que, habituellement, pour un pays comme le nôtre, elle est de l’ordre de 1,3 ce qui ne change pas non plus énormément et n’est pas très différent des années où la grippe sévit plus sévèrement. Il faut arrêter de penser que les gens vont vivre indéfiniment enfermés dans leur maison. Ça n’est pas une issue possible à mon avis!»

Sputnik: Une récente étude québécoise (laquelle n’a pas encore été validée) met en avant les bienfaits de la colchicine (anti-inflammatoire dérivé de la colchique) sur les formes graves du Covid-19. Les médias relaient l’information, mettant en parallèle ce remède avec la chloroquine. Qu’en pensez-vous?

Pr Didier Raoult: «La colchicine est un excellent anti-inflammatoire. En revanche, je n’ai pas d’avis sur son effet anti-viral. Ce qui m’intéresse avec l’hydroxychloroquine et l’azithromycine, c’est qu’ils agissent à la fois sur le virus en freinant sa multiplication et ont tous les deux aussi l’aspect anti-inflammatoire. Mais il y en a d’autres qui pourraient jouer un rôle. La ciclosporine, par exemple, pourrait agir sur les formes graves. Je pense que l’on manque d’effets thérapeutiques. Les molécules extraites de produits naturels ont souvent des effets multifactoriels. La colchicine n’a pas été inventée pour traiter le paludisme, ni la quinine pour traiter le paludisme. Il faut retrouver l’idée que les molécules extraites de plantes peuvent avoir plusieurs effets.

Dans un hôpital

© CC0 / stuxLe professeur Raoult s’en prend au gouvernement et au Conseil de l’Ordre des médecinsIl y a depuis des dizaines d’années un paradigme qui veut que, pour chaque nouvelle maladie, il faille un nouveau remède. C’est faux! Notre modèle économique est antagonique avec la réutilisation de produits déjà existants, car ce n’est pas rentable. Pourtant, au XXIe siècle, des médicaments nouveaux qui ont réellement changé les choses sont rarissimes. Les molécules sont éternelles, elles sont le patrimoine de l’humanité.»